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Fabian Tharin

Fabian Tharin

Fosbury
Fosbury — 2017
EP Digital
Dernier album

Après le ras de marée belge de ces 2 dernières années, il semble que ce soit au tour de la foisonnante scène Suisse de débarquer dans nos oreilles. Et, surprise, c’est peut-être chez ces voisins propres sur eux et disciplinés que se trouvent les spécimens les plus intrigants.

Le disque de l’immaturité.
Un spécimen, Fabian Tharin en est assurément un. Sa pop bricolée, teintée de hip hop (même de trap) et de poésie résonne comme un objet non identifié, moderne, personnel et entêtant. Chez l’Yverdonnois, tout est construit comme une maison qu’on aurait posée sur le toit. « J’aime les virages, les ratures ». Attendre de passer la quarantaine pour présenter son projet le plus innovant n’est pas le moindre des paradoxes chez cet artiste qui ne craint rien autant que l’immobilisme. « J’ai des cycles, j’y peux rien. Dix ans de classique, dix ans à faire du ski et des gamins, et me voilà.» Ou encore: « Pour les vidéos, on a listé consciencieusement les codes d’un bon clip, et puis… on a fait rigoureusement le contraire. »

C’est Fosbury (nom de l’EP, projet accompagné par le label Musique Sauvage) qu’il a choisi comme symbole de cette posture. « J’avais envie de faire de la musique à l’envers, sur le dos. J’aime l’idée de mourir un peu à ce que je sais faire, par politesse, par jeu, pour pas me soûler. Fosbury est une sorte de manifeste, l’éloge de l’impermanence, de la légèreté, ma façon d’être au monde ». L’envie est d’emmener un 40 tonnes sur des chemins de campagnes. Fabian Tharin et Patrick Dufresne, son compère batteur (que l’on retrouve sur scène) signent les prods eux-même . « Des musiciens de formation classique et jazz qui font de l’électro, c’est assez rococo. Ils savent pas le faire, ça fait toujours un truc loufoque, ce qui est une raison largement suffisante pour qu’on s’y lance. »

« Ce soir, c’est mojito!! »
« Sois fragmentaire, discontinu, sois incohérent! ». « La finalité de ce projet, c’était vraiment la scène. On l’a construit pour ça. On voulait  bouger nos fesses sur des gros subs, quoi..» Le concert Fosbury est ciselé pour faire rentrer les spectateurs dans une espèce de transe improbable. Des formules courtes comme des mantras, des vieilles basses disco qui côtoient celles très actuelles de 808 trafiquées, une gestuelle qui invite constamment à la danse, le concert est une messe païenne durant laquelle Fabian Tharin et Patrick Dufresne (aux drumpad et machines) initient leurs fidèles à l’absurde dans la joie et la sueur. « Hihi, si vous voulez! C’est vrai que j’aurais adoré être gourou dans une secte improbable. Mais.. à temps partiel, possible? » « Je suis monté sur la muraille de Chine et puis.. je suis descendu » « J’sais pas vous, mais moi aux enterrements, j’ai toujours un peu envie de baiser. »

« Ne va pas te faire foutre, tu iras demain si tu veux ». Pas besoin de nous le dire deux fois, on est resté, hypnotisés, suspendus sur ce fil très particulier. Sous les abords légers, Fabian Tharin, comme tout faussaire confirmé, fait danser la mort, l’impermanence, la poussière. Mais lui, le fait avec élégance, nonchalance, sous une boule à facette. Avec sa façon à lui de saupoudrer ces moments d’une très fine couche de désespoir comme ça, par politesse. Parce qu’il est suisse, sans doute.  

Extraits audio

 
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Fosbury
Fosbury
Décembre 2017
EP Digital
Dernier album
  1. N'y pense plus
  2. Ne va pas te faire foutre
  3. L'éternité
  4. Y'avait de la lumière partout